Hier soir, je rentrai chez moi. Comme de coutume, je braillais chantais a tue-tête dans la rue après une dure journée de glande travail. Je ne savais pas alors que
la BO de mon retour aurait du me donner un indice sur ce qui allait suivre (j’écoutais Phil Collins, vous savez, le frère de les ours).
Mais voilà. Je rentre chez moi, et j’ai à peine ouvert la porte de l’appartement que je tombe nez à nez avec mon colloc'. Non, c’est pas un ours, et c’est pas mon frère non plus.
J’ai à peine retiré mes pompes qu’il me déclare, depuis la cuisine : « A crab has escaped, and I do no know where it is ». J’ai d’abord pensé à lui expliquer que non, Bertrand Cantat ne s’est pas échappé, c’est la justice française, certes plus lente que la chinoise et plus bas dans une échelle de bravitude allant de 0 à 47 (dîte aussi échelle de Ségo), mais qu’il est en liberté conditionnelle.
Mais non. Je ne lui sors pas cette réplique à laquelle il serait, de toutes façons, resté de marbre. M’est avis que le sort de Noir Dés’ lui passe largement au dessus de la tête, à peu près à la même altitude que les avions de Air China quand ils sont pas en retard. Ou annulés (estoc ! à la fin de l’envoi, je touche).
Je décide alos de le regarder avec des yeux ronds, façon boules de billard :
« Sorry ? »
Il répète : « A crab has escaped, and I do not know where it is… I bought four, and just three remain in the sink! ».
Et lui de me montrer, hilare, trois crabe en train de faire des galipettes dans l’évier. Mais attention, pas des petits crabes pourris, pas des chancres mous, non ! Des gros mastards venus d’une autre galaxie ! El là, je me souvins de ce que je postai l’année dernière déjà, rapport aux aliens : « En Chine, personne ne vous entend crier ».
Une attitude franco-française bien de chez nous s’impose : je râle, faute de pouvoir faire la grève du ménage, car il s’en fout impérialement. Je râle, donc :
« Tu pouvais pas acheter un chat ou un chien, comme animal de compagnie ? Non, fallait que t’achètes un crustacé venu d’une autre galaxie. Un organisme hostile en plus ! Et qui va commencer sa conquête du monde depuis mon notre le salon !... Bon, on se calme, tu les as achetés quand ?
- ce soir à 19.00
- Hmmm, et il est… 23.00.
- Aller, c’est pas si grave !
- Si, c’est grave. On ne peut pas laisser passer ça. Peut-être peut-on lancer un appel à témoins, comme Interpol…
- In-te-le-po-le ?
- (regard glacial) Laisse béton. T’as regardé sous le frigo ?
- oui.
- Sous l’évier ?
- oui.
- (m***e… on va tous crever et il s’en fout) dans les chaussures dans l’entrée ?
- Ah ? non.
- oh my god…
- Come on, it’s just a crab!
- (là, mon ton se refroidissait encore plus que mon regard et suintait le blizzard sibérien): no, it’s not just a crab! It’s an alien from another galaxy ! Its purpose is to destroy the Earth!
- ???
- (désolé, je repasse en français:) Et cette nuit, si je veux aller pisser, je mets des chaussures de ski pour des raisons de sécurité?
- Ah ah ah, so funny !
- Non! It’s pas funny du tout!!
Et je me remets à faire les 500 pas dans les 70 m². 70 m² de jungle, de rochers et ou chaque chaise constitue un abri pour un des plus redoutables prédateurs de tous les temps. Je vérifie tous les points stratégiques propres à une invasion crustacéenne. Sous mes couvertures (celles de mon colloc’, j’m’en fous), non. Dans mes chaussures (les siennes, j’m’en fous), non, mais je les mets en hauteur quand même. Par peur du ridicule, je décide de ne quand même pas les attacher au lustre.
Tout en pestant contre tout ce qui a de la chitine dans l’Univers. Et en vantant les mérites des animaux de compagnies charmants qui eux, ont de la kératine. Les loups, les ours blancs. Les émeus, les vautours ou les anacondas. Mais non, il fallait qu’il achète des Krabeuh !
Bref, au bout d’un quart d’heure où je lui tapais mon délire paranoïaque, j’entends un :
« I find him »
A parcequ’en plus, c’est un mâle! Bon, c’est déjà ça, il aura pas pondu partout. Quoique…
« Where was it ? »
- in the bathroom !
- Vas-y, dis moi tout, je suis assis.
- sous le siège !
BOUM (bon, j’étais pas assez assis).
Voilà une photo de la bête menottée par le juge d’application des peines.

Death Mask enfin vaincu par Shiryu.
Rassure-toi lecteur. A l’heure où je notais cette anecdote, ma vie n’était déjà plus à craindre. Du point de vue crustacéen, en tous cas. En effet, la sentence a été prononcée et exécutée (c’est vrai que la justice chinoise est rapide) : oignons, carrottes, navet, bouquet garni et eau bouillante.
Enfin... pour nous remettre de nos émotions, enfin, surtout moi, on a regardé Ginger Snaps, un film de Loups-Garous. Mon colloc n'a pas vu la fin du film. Trop de poils, pas assez de chitine, je crois...
:p